En cette fin de semaine, je m'installe dans mon wagon de TGV et en ouvrant l'édition du Monde datée du 18 Avril je tombe sur un article confortant toujours et encore le bien fondé de MinorityShare.com.
Bonne lecture et bon week end à tous !
Le crédit rare et plus cher pénalise les entreprises
Jusqu'où un patron de PME doit-il aller pour financer son entreprise, la maintenir en activité et éviter la faillite ? Il y a quelques mois, pour obtenir un crédit, Stéphane Treppoz, président de Sarenza.com, un site de vente de chaussures et d'accessoires, a dû emprunter auprès d'amis pour obtenir les 3 millions d'euros nécessaires, mettant en gage certains de ses biens personnels. "Même pour une entreprise qui cartonne comme la nôtre, trouver des financements est devenu impossible, explique-t-il. Les banques ? On a vu la Société générale, ce n'est même pas la peine d'y penser!"
Le cas de M. Treppoz n'est pas isolé. En Europe, le phénomène du "credit crunch", la raréfaction et le renchérissement du crédit, est une réalité. Selon un sondage IFOP pour KPMG, 80 % des patrons de PME estiment que depuis le début de la crise les banques ont durci l'accès au crédit. "Plus les entreprises sont petites, plus les difficultés sont grandes", précise Jean-François Roubaud, le président de la Confédération générale des PME, évoquant la hausse inquiétante des dépôts de bilan. "Le plus préoccupant, c'est que de ce fait les entreprises n'osent plus investir", indique-t-il.
Et sur le bureau du médiateur du crédit René Ricol, voué depuis octobre 2008 à résoudre ces problèmes, les dossiers s'amassent. "Nous recevons encore 450 dossiers par semaine", note M.Ricol.
Il y a "clairement un rationnement" du crédit, atteste Nicolas Bouzou, économiste chez Asteres. "La récession est sévère. Pour les banques, le risque de défaillance des emprunteurs a augmenté de façon vertigineuse, explique-t-il, Les banques n'ont pas d'autre choix que de limiter les crédits et si une entreprise bien notée peut toujours trouver des financements, les autres n'ont plus rien." "L'obtention de nouvelles lignes de crédit se heurte à la frilosité des banques, constate aussi Olivier Bornecque, président de l'Association des trésoriers d'entreprise (AFTE). En caricaturant, la PME qui voudrait emprunter 10 000 euros va devoir en emprunter 15 000 pour assurer les frais de son avocat qui épluchera tout le dossier du crédit, car les banques ont rajouté énormément de précautions dans les contrats." De ce fait, "les délais d'obtention des crédits se sont terriblement allongés, passant d'un à trois mois, parfois six", ajoute-t-il.
COÛT RÉDHIBITOIRE
Et aujourd'hui, quand une société parvient à obtenir un crédit, son coût est parfois rédhibitoire. Les tarifs ont ainsi presque doublé en quelques mois. "Les conditions sont sans commune mesureavec celles que nous pouvions avoir avant la crise", confirme-t-on au sein d'une entreprise du CAC 40. Même pour des opérations quotidiennes, les tarifs explosent. "Pour confirmer une autorisation de découvert, les prix ont triplé !", s'énerve le trésorier d'une autre grande entreprise.
Pour les sociétés, ce problème est d'autant plus aigu que les alternatives aux crédits bancaires sont, elles aussi, grippées. Sur le marché obligataire, où les entreprises peuvent se financer en émettant des titres d'emprunt, les conditions ne sont plus les mêmes. Le mouvement général de baisse des taux d'intérêt ne leur a pas profité. La prime qu'une entreprise doit payer pour séduire les investisseurs (l'écart par rapport aux emprunts d'Etat qui rémunère la différence de risque) a été, en moyenne, multipliée par sept, voire huit.
Même une société aussi solide que GDF-Suez a émis, en octobre, des obligations avec une forte prime. A ce moment-là, "tout le monde s'est dit que les conditions avaient changé, que si GDF-Suez payait ce prix, c'est que c'était les nouvelles références du marché", raconte Hervé Labbé, directeur de la salle des marchés et des études économiques de France Télécom.
Mais crise oblige, en dépit de ces coûts, les entreprises continuent à lever des capitaux par cette voie afin de sécuriser leur trésorerie. Elles se sont même bousculées sur ce marché au premier trimestre : 145 émissions obligataires de plus de 500 millions d'euros ont été réalisées sur un total de 232 milliards d'euros, contre 34 opérations pour 59 milliards un an plus tôt.
Les sociétés n'ont pas vraiment le choix car la dernière source de financement, la Bourse, est elle aussi gelée. "Le marché s'est refermé ; il est complètement bloqué", atteste Franck Sebag, associé chez Ernst & Young. Seules les plus grosses sociétés du CAC 40 peuvent prétendre collecter de l'argent en Bourse et lorsqu'elles y parviennent, c'est au prix d'efforts inédits. Le groupe de spiritueux Pernod Ricard, qui vient de lancer une augmentation de capital, a ainsi dû proposer ses actions avec une décote de 36%.
Quant aux introductions en Bourse, censées financer le développement des entreprises, elles sont de plus en plus rares. Au premier trimestre, il n'y a eu en Europe que dix opérations et aucune en France. Encore une fois, ce sont les petites entreprises qui en souffrent le plus.
Pour elles, "la Bourse ne joue pas son rôle de financement de l'économie", s'alarme Guy Mamou-Mani, président de Middle next, l'association représentant les PME cotées. "Aujourd'hui, la Bourse présente des contraintes sans en avoir les avantages", ajoute-t-il. A tel point que 48 PME ont quitté le marché en 2008. D'autres devraient suivre comme la société de services informatiques Sodifrance.
Claire Gatinois et Cécile Prudhomme
Le Monde du 18 Avril 2009